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Edouard Denouel prononce son discours

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Discours du 17 octobre 2026

Journée en mémoire des massacres du 17 octobre 1961

Discours prononcé par Édouard Denouel, maire de Bagnolet :

Monsieur le Député,
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Consul,
Chers élus,
Cher Brahim Akrour,
Chers Bagnoletais,

Il y a 65 ans, sous le régime de la Ve République, a eu lieu l’un des plus grands massacres de civils à Paris depuis le massacre de la Commune.

Dans une France déchirée, fracturée par la fin de l’empire colonial français grâce aux mouvements de libération nationale, d’abord en Indochine, puis sur le continent africain, l’Algérie, alors colonie de peuplement considérée comme un territoire français, est, elle aussi, enfin sur le point de devenir indépendante.

En Algérie, on parle de révolution anticoloniale, menée par le peuple et son émanation politique, le Front de libération nationale, le FLN.

En France, des militantes et des militants de gauche décident de rester fidèles à leurs valeurs et s’engagent dans ce qu’ils appellent aussi la révolution algérienne.

C’est dans ce contexte d’une victoire proche des colonisés que se tient la grande manifestation du 17 octobre 1961.

Un couvre-feu raciste est imposé par le préfet de police de Paris, Maurice Papon. Il vise exclusivement ceux que l’on appelait alors les « Nord-Africains », les « indigènes » ou encore les « musulmans ».

Ces travailleurs, venus en métropole pour la reconstruction de l’après-guerre, alors entassés dans des bidonvilles indignes, mettent leurs plus beaux atours pour aller manifester pacifiquement contre cette mesure raciste : une mesure d’exception décidée sous ce qui est encore le régime actuel de notre République.

Durant cette soirée, plus de 250 d’entre eux mourront. Certains seront, pieds et poings liés, jetés à la Seine, vivants. 11 000 d’entre eux seront internés pendant des jours dans des conditions de violence et d’insalubrité horribles.

Pour procéder à ces internements, des bus de la RATP seront réquisitionnés.

Tous ces éléments démontrent l’horreur de la mise à disposition de la machine administrative au service d’une sanglante répression.

Aujourd’hui, avec des dizaines de maires, j’ai signé un appel. Nous demandons la reconnaissance pleine et entière du 17 octobre 1961 comme un massacre d’État, ainsi que l’ouverture totale des archives de la préfecture de police.

Il le faut par respect pour les victimes, pour regarder en face la vérité de l’histoire française et pour éviter que prospèrent le révisionnisme et le négationnisme.

Dans quelques minutes, nous allons inaugurer la sente qui porte le nom de Fatima Bédar.

Jeune militante, elle est tuée et retrouvée noyée deux semaines plus tard. Elle est un modèle d’engagement, comme Guy Môquet. De la même manière, sa mémoire doit être honorée. Ce sera le cas aujourd’hui.

Il est impossible, en étant devant vous ce matin, de ne pas évoquer le contexte actuel. Ces événements, dont nous honorons la mémoire des victimes, doivent être une source d’enseignement à l’heure où certaines et certains veulent rejouer indéfiniment la guerre d’Algérie et convoquent la nostalgie de l’empire colonial. On le voit notamment dans les déclarations de plusieurs candidats à l’élection présidentielle.

C’est ce qui se passe quand il n’y a pas de travail de mémoire, quand l’État ne prend pas pleinement ses responsabilités.

Des discours et des actes que l’on croyait appartenir au passé viennent à nouveau percuter le présent et faire advenir le pire.

C’est pour cela que nous ne devons pas être fatalistes : les forces progressistes doivent être unies face au fascisme et ne pas se perdre dans des affrontements de leadership interminables.

C’est pour cela que, chaque année, nous nous réunissons ici. C’est pour cela que nous continuons, chaque année.

Et je tiens à remercier Brahim Akrour, qui est à l’origine de cette stèle et qui fut surtout un précurseur, en France, de ce travail de mémoire. Son travail, conjugué à celui d’autres militantes et militants, représente un apport inestimable pour les générations futures.

C’est ce travail qu’il faut continuer.

Je vous remercie.

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